Naissance et histoire du Club des 7-7

L'histoire du Collège Gastronomique Suisse, Club des 77 commence par une belle matinée de juin 1977. A bord de sa voiture, Claude Mauler suit d'une oreille distraite l'interview radiophonique de responsables du Club des 100, de Paris, et de ceux du Club des 33, de Bruxelles, ce dernier ainsi dénommé parce que fondé en l'année 1933 en Belgique et qui plus est, comptant 33 membres titulaires.

Pour les historiens...

C'est alors que, telle une subite révélation, l'idée de créer aussi en Suisse un club gastronomique jaillit dans l'esprit de Claude Mauler, en même temps que le nom qui lui paraît d'emblée tout trouvé: la date du 7.7.77 est proche... Et le chiffre 7 n'est-il pas symbole de perfection et le plus sacré de tous les nombres? De plus, Hippocrate n'a-t-il pas considéré que par "ses vertus cachées (il) maintient dans l'être toutes choses dispensant vie et mouvement, influant même jusqu'aux êtres célestes"? On ne peut imaginer meilleurs auspices pour un club en gestation.

Et les épicuriens

Toutefois, pour donner naissance à l'embryon et le conduire jusqu'aux fonts baptismaux, il s'agit de le nourrir de considérations gastronomiques. Cette tâche, Claude Mauler ne se sent pas apte à l'accomplir seul. Il s'approche de son ami Jacques Montandon, le célèbre écrivain et critique gastronomique, s'entoure de quelques gastronomes avertis, puis accouche du bébé. Après sage réflexion, considérant le projet comme génial, l'aréopage se dit prêt à participer à son développement.

Des contacts sont établis avec quelques autres "fins becs", puis, toutes modalités administratives dûment respectées, les statuts sont rédigés.

Le Club des 77 entend ainsi:

"Vouloir réunir; en toute collégialité, des membres s'intéressant à la gastronomie, à son histoire, à sa littérature aux arts qu'elle a inspirés, aux procédés de production, de fabrication ou d'élaboration de toutes les matières premières utilisées en cuisine comme à table, à son développement et à la recherche des harmonies gustatives les plus enrichissantes, pour sélectionner en Suisse, après un repas-test 77 bonnes tables jugées par au moins 7 membres du Collège Gastronomique Suisse, Club des 77"

Le premier de ces repas-test est organisé au Restaurant français du Buffet de la Gare à Fribourg par R. Morel. Puis ce sera F. Girardet, de Crissier qui acceptera de recevoir les membres du Club, encore adolescent.

Peu avant de fêter son quatrième septenaire, plus de 220 établissements (au lieu des 77 initialement prévus) ont été distingués par le Club des 77 après estimation de leurs prestations. Le nombre et la liste des établissements fluctuent d'une année à l'autre, notamment en raison de cessations d'activité, de changements de propriétaire ou de chef de cuisine, etc.

La distinction attribuée témoigne de la volonté du récipiendaire de souscrire aux principes de défense de la gastronomie par la confection de menus satisfaisant notamment aux règles du goût, de l'accueil et du décor, et avec des produits de base irréprochables !

Pour marquer le troisième septénaire de sa fondation, le 7.7.98, le Club s'est réuni au Restaurant de l'Hôtel de Ville de Crissier, exploité depuis peu par P. Rochat avec le même bonheur que son prédécesseur, F. Girardet. Pour cette occasion, une estampe commémorative, due au talentueux André Paul Perret a été éditée et intitulée "Testesser - Testateur 1977/98".

 

Reproduction de la lithographie de "Testesser - Testateur 1977/98" de A. P. Perret.

La coexistence entre le Club et les diverses confréries bachiques et gastronomiques suisses et étrangères est tout à fait pacifique. Il ne saurait en être autrement entre groupements qui s'inspirent d'un credo similaire: recherche d'une meilleure qualité de la restauration au bénéfice d'une meilleure qualité de vie; Le Club des 77 contribue certainement à la promotion de cette philosophie en opérant ses choix pour le seul plaisir, sans obédience aucune, en tenant compte non seulement de la qualité de l'accueil, mais aussi et surtout de l'authenticité de la cuisine, de la diversité des styles, du respect des accents régionaux, de l'originalité des recettes; du choix des vins et des pains d'accompagnement. Sont également appréciées la volonté constante de perfectionner l'équilibre des saveurs, l'harmonie des parfums et la franchise des goûts.

La gastronomie, facteur d'harmonie individuelle et sociale autant que moyen de briser les barrières de l'isolement, est aussi partage d'agréments supplémentaires dans la pratique des arts de la table. La sélection des meilleures tables exige de la part des "testateurs" une totale disposition d'esprit, une pleine capacité d'appréciation des goûts, d'excellentes facultés de jugement. Aussi les rencontres sont-elles en principe précédées de visites permettant aux membres d'enrichir leurs connaissances d'ordre esthétique, littéraire, scientifique, artistique, voire économique.

Si la confidentialité a ses vertus, elle n'est plus de mise en ce qui concerne les activités des 77 , surtout dans l'optique des établissements agréés.

Au fil des années, les assemblées générales ont ainsi décidé:

a) de remettre aux restaurateurs un autocollant attestant, auprès de leur clientèle, de l'obtention de la Distinction spéciale.

b) de hiérarchiser les établissements à l'aide de trois mentions (compte tenu de l'impossibilité de mettre sur un pied d'égalité les auberges de campagne, les palaces et les restaurants gastronomiques, etc.)
Echelle de 10 :
Or = dès 9,0 points, Argent = de 8 à 8,99 points, Bronze = de 7 à 7,99 points.

c) de créer un diplôme de FIN BEC destiné aux membres du Club des 77 ayant participé à la sélection de plusieurs établissements ainsi qu'aux nouveaux membres répondant aux conditions suivantes :

  • avoir l'amour des arts de la table - assister à un repas-test sur invitation d'un parrain (membre du Club) dans le but de faire connaissance, de gagner la confiance et l'amitié des membres, avec à la clef l'admission par cooptation
  • participer à quelques-uns des 5 à 8 repas-tests annuels (en principe le jeudi à midi, au prix fixé par le restaurateur et à la charge de chaque participant)
  • s'acquitter de la cotisation annuelle destinée à couvrir les frais administratifs.

En outre, les statuts précisent que le Club des 77 ne vaut que par la qualité de ses membres, dont les relations reposent sur l'esprit d'ouverture, le dialogue et l'échange d'idées, dans une atmosphère conviviale et chaleureuse. Il est dirigé par un Principal, assisté d'un Surveillant général (pour le secrétariat) et d'un Trésorier et de quelques membres du collège qui n'ont pas perdu le goût de l'engagement, ni la foi !

L'édition d'un guide des adresses gourmandes est envisagé (mais sans considérations critiques puisque seul y figureront les établissements agréés, cautionnés en quelque sorte par le Club, les 77 faisant figure de référence)

C'est en décembre généralement, hors assemblée générale, que les 77 se réunissent en commission, pour concocter le programme annuel, autrement dit pour choisir les établissements à tester.

Par souci d'hétérogénéité, cette sélection tient compte autant que possible de la diversité des opinions, des styles de cuisine et des régions.

Un contact est établi ensuite avec chaque chef d'établissement, de préférence par un membre de la même région, afin d'obtenir son accord, d'établir les modalités et de fixer la date du repas-test, son menu, son prix, etc.

Pour les membres qui s'inscrivent, ce doit être ensuite un plaisir que de partager de vrais moments gourmands, au cours desquels ils remplissent "au plus près de leur conscience" leur fiche d'appréciation détaillée.
Après compilation, en fin de repas, le résultat est communiqué en présence du chef de cuisine et de sa brigade, du ou des maîtres de maison, du personnel de service.

Mission accomplie par les "gastronomades"!


II n'y a pas d'amour plus sincère que l'amour de la bonne chère!
G.B.Schaw

© Club des 7-7. Dernière mise à jour le 14.12.2015 . Webmaster