Naissance
et histoire du Club des 7-7
L'histoire
du Collège Gastronomique Suisse, Club des 77 commence par
une belle matinée de juin 1977. A bord de sa voiture, Claude
MAULER suit d'une oreille distraite l'interview radiophonique
de responsables du Club des 100, de Paris, et de ceux du Club
des 50, de Bruxelles, ce dernier ainsi dénommé parce
que fondé en l'année 1950.
Pour
les historiens...
C'est
alors que, telle une subite révélation, l'idée
de créer aussi en Suisse un club gastronomique jaillit
dans l'esprit de C. Mauler, en même temps que le nom qui
lui paraît d'emblée tout trouvé: la date du
7.7.77 est proche... Et le chiffre 7 n'est-il pas symbole de perfection
et le plus sacré de tous les nombres? De plus, Hippocrate
n'a-t-il pas considéré que par "ses vertus
cachées (il) maintient dans l'être toutes choses
dispensant vie et mouvement, influant même jusqu'aux êtres
célestes"? On ne peut imaginer meilleurs auspices
pour un club en gestation.
Et
les épicuriens
Toutefois,
pour donner naissance à l'embryon et le conduire jusqu'aux
fonts baptismaux, il s'agit de le nourrir de considérations
gastronomiques. Cette tâche, C. Mauler ne se sent pas apte
à l'accomplir seul. Il s'approche de son ami Jacques Montandon,
le célèbre écrivain et critique gastronomique,
s'entoure de quelques gastronomes avertis, puis accouche du bébé.
Après sage réflexion, considérant le projet
comme génial, l'aréopage se dit prêt à
participer à son développement.
Des
contacts sont établis avec quelques autres "fins becs",
puis, toutes modalités administratives dûment respectées,
les statuts sont rédigés.
Le Club
des 77 entend ainsi:
"Vouloir
réunir; en toute collégialité, des membres
s'intéressant à la gastronomie, à son histoire,
à sa littérature aux arts qu'elle a inspirés,
aux procédés de production, de fabrication ou d'élaboration
de toutes les matières premières utilisées
en cuisine comme à table, à son développement
et à la recherche des harmonies gustatives les plus enrichissantes,
pour sélectionner en Suisse, après un repas-test
77 bonnes tables jugées par au moins 7 membres du Collège
Gastronomique Suisse, Club des 77"
Le premier
de ces repas-test est organisé au Restaurant français
du Buffet de la Gare à Fribourg par R. Morel. Puis ce sera
F. Girardet, de Crissier qui acceptera de recevoir les membres
du Club, encore adolescent.
Peu
avant de fêter son quatrième septenaire, plus de
220 établissements (au lieu des 77 initialement prévus)
ont été distingués par le Club des 77 après
estimation de leurs prestations. Le nombre et la liste des établissements
fluctuent d'une année à l'autre, notamment en raison
de cessations d'activité, de changements de propriétaire
ou de chef de cuisine, etc.
La distinction
attribuée témoigne de la volonté du récipiendaire
de souscrire aux principes de défense de la gastronomie
par la confection de menus satisfaisant notamment aux règles
du goût, de l'accueil et du décor, et avec des produits
de base irréprochables !
Pour
marquer le troisième septénaire de sa fondation,
le 7.7.98, le Club s'est réuni au Restaurant de l'Hôtel
de Ville de Crissier, exploité depuis peu par P. Rochat
avec le même bonheur que son prédécesseur,
F. Girardet. Pour cette occasion, une estampe commémorative,
due au talentueux André Paul Perret a été
éditée et intitulée "Testesser
- Testateur 1977/98".

Reproduction
de la lithographie de "Testesser - Testateur 1977/98"
de A. P. Perret.
La coexistence
entre le Club et les diverses confréries bachiques et gastronomiques
suisses et étrangères est tout à fait pacifique.
Il ne saurait en être autrement entre groupements qui s'inspirent
d'un credo similaire: recherche d'une meilleure qualité
de la restauration au bénéfice d'une meilleure qualité
de vie; Le Club des 77 contribue certainement à la promotion
de cette philosophie en opérant ses choix pour le seul
plaisir, sans obédience aucune, en tenant compte non seulement
de la qualité de l'accueil, mais aussi et surtout de l'authenticité
de la cuisine, de la diversité des styles, du respect des
accents régionaux, de l'originalité des recettes;
du choix des vins et des pains d'accompagnement. Sont également
appréciées la volonté constante de perfectionner
l'équilibre des saveurs, l'harmonie des parfums et la franchise
des goûts.
La gastronomie,
facteur d'harmonie individuelle et sociale autant que moyen de
briser les barrières de l'isolement, est aussi partage
d'agréments supplémentaires dans la pratique des
arts de la table. La sélection des meilleures tables exige
de la part des "testateurs" une totale disposition d'esprit,
une pleine capacité d'appréciation des goûts,
d'excellentes facultés de jugement. Aussi les rencontres
sont-elles en principe précédées de visites
permettant aux membres d'enrichir leurs connaissances d'ordre
esthétique, littéraire, scientifique, artistique,
voire économique.
Si la
confidentialité a ses vertus, elle n'est plus de mise en
ce qui concerne les activités des 77 , surtout dans l'optique
des établissements agréés.
Au fil
des années, les assemblées générales
ont ainsi décidé:
a) de
remettre aux restaurateurs un autocollant attestant, auprès
de leur clientèle, de l'obtention de la Distinction spéciale.
b) de
hiérarchiser les établissements à l'aide
de trois mentions (compte tenu de l'impossibilité de mettre
sur un pied d'égalité les auberges de campagne,
les palaces et les restaurants gastronomiques, etc.)
Echelle de 10 :
Or = dès 9,1 pts Argent = 8,5 pts Bronze = 8 points.
c) de
créer un diplôme de FIN BEC destiné aux membres
du Club des 77 ayant participé à la sélection
de plusieurs établissements ainsi qu'aux nouveaux membres
répondant aux conditions suivantes :
- avoir l'amour des arts de la table - assister à un repas-test
sur invitation d'un parrain (membre du Club) dans le but de
faire connaissance, de gagner la confiance et l'amitié
des membres, avec à la clef l'admission par cooptation
- participer
à quelques-uns des 5 à 8 repas-tests annuels (en
principe le jeudi à midi, au prix fixé par le
restaurateur et à la charge de chaque participant)
- s'acquitter
de la cotisation annuelle destinée à couvrir les
frais administratifs.
En outre,
les statuts précisent que le Club des 77 ne vaut que par
la qualité de ses membres, dont les relations reposent
sur l'esprit d'ouverture, le dialogue et l'échange d'idées,
dans une atmosphère conviviale et chaleureuse. Il est dirigé
par un Principal, assisté d'un Surveillant général
(pour le secrétariat) et d'un Trésorier et de quelques
membres du collège qui n'ont pas perdu le goût de
l'engagement, ni la foi !
L'édition
d'un guide des adresses gourmandes est envisagé (mais sans
considérations critiques puisque seul y figureront les
établissements agréés, cautionnés
en quelque sorte par le Club, les 77 faisant figure de référence)
C'est
en décembre généralement, hors assemblée
générale, que les 77 se réunissent en commission,
pour concocter le programme annuel, autrement dit pour choisir
les établissements à tester.
Par
souci d'hétérogénéité, cette
sélection tient compte autant que possible de la diversité
des opinions, des styles de cuisine et des régions.
Un contact
est établi ensuite avec chaque chef d'établissement,
de préférence par un membre de la même région,
afin d'obtenir son accord, d'établir les modalités
et de fixer la date du repas-test, son menu, son prix, etc.
Pour
les membres qui s'inscrivent, ce doit être ensuite un plaisir
que de partager de vrais moments gourmands, au cours desquels
ils remplissent "au plus près de leur conscience"
leur fiche d'appréciation détaillée.
Après compilation, en fin de repas, le résultat
est communiqué en présence du chef de cuisine et
de sa brigade, du ou des maîtres de maison, du personnel
de service.
Mission
accomplie par les "gastronomades"!
II n'y a pas d'amour plus sincère que l'amour
de la bonne chère!
G.B.Schaw